Suivi des habitats marins

La Réserve Naturelle de Saint-Barthélemy protège des écosystèmes sous-marins qui abritent une biodiversité exceptionnelle. Il s’agit notamment des herbiers de phanérogames (plantes à fleur sous-marines) et des récifs coralliens. Mais son rôle ne se cantonne pas à une simple protection : elle cherche également à en comprendre le fonctionnement et l’évolution de ces habitats. Pour se faire, la Réserve organise des suivis scientifiques qui s’inscrivent sur de longues durées. Ils permettent de suivre l’évolution de l’état de santé de ces habitats et de mettre en évidence l’effet des mesures de protection.

Depuis 2002 la Réserve Naturelle de Saint-Barthélemy travaille avec l’équipe de biologie marine du Professeur Claude Bouchon de l’université des Antilles et de la Guyane. Le groupe ainsi constitué étudie l’évolution des communautés benthiques (herbiers, récifs coralliens) en zone de Réserve mais aussi à l’extérieure, pour tenter de savoir s’il existe un effet réserve. 

Centimètre par centimètre, l’équipe observe la dynamique des coraux, compte les oursins et étudie les algues (pour continuer un suivi de leur prolifération). C’est tout un écosystème qui est étudié à la loupe. L’herbier est l’autre milieu naturel le plus productif de la Réserve Naturelle. Ils abritent de nombreuses espèces menacées (lambi, tortue marine) et sert de nurserie. Pendant le suivi, la densité de l’herbier, la longueur de ses feuilles, la présence et la taille des lambis sont observées.
Les chercheurs de l’université des Antilles et de la Guyane ont également initié un suivi des poissons. 107 espèces ont été recensées entre 2002 et 2008 sur les sites de Coco et Baleine de Pain de Sucre. En 6 ans, de plus en plus d’espèces différentes fréquentaient ces endroits. Les poissons ne semblent pas affectés par la mortalité des coraux, peut-être parce que ceux qui leur servent d’abris n’ont pas encore été dégradé.
Au début, ce suivi était bi-annuel. Ce qui a permi de mettre en avant la saisonnalité : des variations de la constitution des communautés benthique s’observe en fonction des saisons. Le suivi a maintenant lieu une fois par an.

Après 10 ans d’observation, l’effet réserve semble démontré. Le nombre d’organismes sous-marins (la biomasse) et la taille des individus ont augmenté en zones protégées.

Ces statistiques, réalisées sur 5 à 10 ans, montrent aussi que le taux de recouvrement du corail est stable, après une importante diminution en 2005 du au réchauffement des eaux (où un phénomène de blanchissement des coraux a été remarqué). Hors réserve cependant, les récifs coralliens déclinent. Autour des Îlets Coco et Pain-de-sucre, une moyenne de 27 espèces de coraux a été identifiée. C’est une valeur élevée pour une station caribbéenne !
Les lambis sont de moins en moins nombreux… C’est ce qui a été observé à Marigot entre 2007 et 2008. Leur diminution serait du à leur migration, mais aussi au braconnage. Une pêche sélective a été mise en place à Saint-Barthélemy, seuls les individus de grande taille sont capturés.

Une cartographie de ces milieux a été réalisée en 2001 par Sylvain Chauvaud et reconduite 10 ans plus tard.

Un partenariat établit entre les Réserves Naturelles des îles du Nord des Antilles permet d’harmoniser les suivis. Ce réseau a vocation à former le personnel des réserves aux protocoles de suivis simplifiés. C’est une autre occasion pour la Réserve Naturelle de Saint-Barthélemy d’étudier les écosystèmes sous-marins. En particulier, les récifs coralliens de Colombier et du Bœuf sont étudiés. Les résultats montrent une augmentation de la présence du corail de 9% entre 2007 et 2008 et aucun blanchissement significatif.
Les récifs coralliens sont désormais inscrits dans des réseaux de suivi nationaux (Initiative Française pour les Récifs Coralliens, IFRECOR) et mondiaux (Global Coral Reef Monitoring Network, GCRMN).